Edwige Carême : « J’ai créé la serviette hygiénique réutilisable Guinée Pad pour aider mes petites sœurs qui n’ont pas assez de moyens »

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Edwige Carême, médecin de formation, est la créatrice de la serviette hygiénique réutilisable Guinée Pad. Elle a pour objectif de permettre à toutes les femmes guinéennes d'avoir accès à son produit.

En Guinée, comme dans de nombreux pays, les règles sont un sujet tabou. Plusieurs jeunes filles guinéennes ne vont pas à l’école pendant leur période menstruelle. Une réalité qui peut avoir un impact négatif sur leurs formations académiques. Pour contribuer à l’amélioration des conditions de vie des femmes en général et des jeunes filles en particulier pendant leurs règles, une jeune médecin, Edwige Carême, a eu l’idée d’inventer Guinée Pad, une serviette hygiénique proposant une solution adaptée aux réalités locales. Elle a répondu aux questions de Génération qui ose…

Génération qui ose : C’est quoi la serviette hygiénique Guinée Pad ?

Edwige Carême : La serviette hygiénique Guinée Pad est une serviette hygiénique réutilisable qui se présente dans une gamme de trois serviettes et trois inserts. Comme vous le savez, pendant le cycle menstruel, le flot n’est pas le même. Au  début du cycle quand le flot est abondant, on met les inserts et la serviette afin de pouvoir mieux recueillir le sang. Et à la fin du cycle, on peut juste utiliser la serviette proprement dite, sans l’insert. 

D’où vous est venue l’idée de créer cette serviette hygiénique ?

Merci beaucoup pour la question. L’idée m’est venue du fait que j’habitais dans une cour commune. J’ai une petite sœur dans la cour, Mabinty, je vais volontairement changer son nom pour qu’elle ne se sente pas indexée. Donc Mabinty, un mercredi de classe, je l’ai vue traîner dans la cour. Je l’ai interpellée pour lui demander pourquoi elle n’est pas allée à l’école. Elle s’est sentie un peu gênée, mais j’ai insisté en demandant ce qu’il y avait. Elle m’a répondu vaguement. Je lui ai dit : « Il faut me dire ce qu’il y a. Tu es ma petite sœur ». Elle m’a répondu : « Ah, je vois mes règles ». Et c’est là qu’elle m’a dit que quand elle voit ses règles, elle prend juste un petit chiffon et un pagne, qu’elle met ; et chaque une heure ou deux heures elle va dans la douche pour se changer, parce que ça contient pas beaucoup de sang menstruel. Et depuis, cela m’a tiqué et je me suis demandée : « Comment une petite fille peut manquer l’école à cause de ses règles ? ». C’est comme cela que je suis allée sur Google, j’ai cherché des solutions alternatives. C’est en cherchant des solutions alternatives que j’ai vu qu’effectivement on pouvait fabriquer des serviettes hygiéniques lavables. C’est comme ça que j’ai pris l’initiative de lancer ce concept en Guinée, afin d’aider mes petites sœurs qui n’ont pas assez de moyens pour acheter les serviettes hygiéniques qu’on trouve dans les commerces.

Quelle est la différence entre votre serviette hygiénique et celle qu’on retrouve dans les marchés ?

Mes serviettes hygiéniques sont réutilisables. Cela veut dire qu’avec un paquet  de trois serviettes et trois inserts, on peut l’utiliser pendant neuf mois à un an alors que les serviettes hygiéniques qu’on vend dans les commerces sont jetables, utilisables une seule fois. Tu les utilises une fois, quand tu les enlèves, tu les jettes directement. C’est pour cela que mes serviettes offrent une solution plus économique. Quand une jeune fille en a, elle peut les utiliser pendant près d’un an. Comme ça, elle évite les soucis par rapport à l’argent nécessaire chaque mois pour s’acheter de nouvelles serviettes à utiliser pendant les règles.

Quelles sont les garanties qu’a votre serviette hygiénique pour ne pas avoir des infections en l’utilisant ?

Parce que nos serviettes hygiéniques sont faites à 100% de coton. Ce qui est au dessus, c’est du coton 100% pur ; de même que ce qui est à l’intérieur. Ce qu’on met comme garniture, c’est du coton aussi. Donc, tout ce qui est en contact avec la vulve est 100% coton. Nous-mêmes, nous savons que les médecins-gynécologues conseillent de porter des sous-vêtements en coton. Donc, c’est vraiment 100% garanti.

Je peux rassurer que son utilisation est sans danger, parce que cette serviette est comme les caleçons qu’on porte tous les jours. Ce n’est pas parce qu’on porte un caleçon chaque jour ou chaque mois, qu’on craint d’avoir une infection, s’il est propre. Dans le paquet de ces serviettes, il y aura un guide d’utilisation en français. A la longue, on pourra voir si on peut le faire dans les différentes langues nationales. Je pense que si les femmes en prennent soins comme elles prennent soins de leurs sous-vêtements, il n’y aura pas d’infections.

Comment se fait la production de votre serviette hygiénique ?

Je suis encore à  mes tout débuts, c’est encore un jeune projet. Actuellement, j’achète tout le matériel nécessaire que je donne  à un tailleur qui les confectionne pour moi. A la longue, j’aimerai bien avoir mes installations personnelles parce que quand c’est le tailleur qui me les confectionne, c’est comme un travail, il me facture un peu plus cher alors que si j’avais mon atelier, j’allais juste recruter les tailleurs que je  payerais à la fin du mois.

Actuellement votre serviette coûte combien ?

Actuellement, si je dois la vendre c’est à 100 milles francs guinéens. Et là, je trouve que l’objectif n’est pas atteint, parce que mon objectif en inventant cette serviette, c’est que toutes les jeunes filles de Conakry aient au moins son paquet de serviette hygiénique réutilisable. Alors que si je commercialise encore le paquet à 100 000 francs guinéens, moi-même je vois  que ça coûte un peu cher. C’est pour cela que je sollicite tous ceux qui peuvent soutenir le projet, parce que c’est vraiment une solution pour les jeunes filles, surtout celles qui n’en ont pas les moyens.

Si quelqu’un veut vous soutenir, qu’est-ce qu’on peut vous apporter ?

Tous les apports seront les bienvenus. À l’heure où nous sommes, on veut d’abord s’installer. Donc, tous les apports seront les bienvenus. On peut nous financer pour qu’on produise, on donne les serviettes produites à la personne qui a appuyé le projet, elle va les distribuer aux filles et aux femmes qu’elle a ciblées. En tout cas, peu importe  la manière, on voudrait que ce produit soit accepté par toutes les jeunes filles et par toutes les femmes de la Guinée.

Si vous avez un appui aujourd’hui, à quoi cela va servir ?

Si on a un appui aujourd’hui, cet appui nous sera d’une grande utilité, parce que ça nous permettra soit de produire assez de serviettes et de les distribuer gratuitement aux jeunes filles notamment à l’intérieur de pays, soit à les vendre à un prix très dérisoire, parce que notre objectif c’est que ces serviettes coûtent moins cher possible afin que toutes les jeunes filles puissent en avoir sans se casser la tête. C’est cela l’objectif.

Est-ce que vous avez approché des institutions intervenant en Guinée dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive ?

Oui, nous avons approché le Fonds des Nations-Unies pour la Population (UNFPA). C’est d’ailleurs des responsables de cette institution qui m’ont conseillé de venir vers Génération qui ose afin de faire cette interview pour qu’il y ait plus de communication autour de ces serviettes. Ils ont trouvé que c’est un projet intéressant, ils ont dit que c’est mieux de commencer par une bonne communication. Après, on verra ensemble comment les choses vont se passer.

Propos recueillis par Thierno Diallo et Abdoulaye Oumou Sow

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